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Le san pedrone a l’honneur sur corSe matin

Ce dimanche 7 novembre, l’image du jour est une belle photographie de Xavier Grimaldi magnifiant le sommet omniprésent de l’Orezza.

https://www.corsematin.com/articles/image-du-jour-le-san-petrone-habille-pour-lautomne-121451

La châtaigneraie, un objet de recherche

Plusieurs habitants de l’Orezza ont reçu ces derniers mois la visite d’une jeune femme dont la conversation respectueuse et pertinente écartait l’idée qu’elle fût une touriste ordinaire. Dans la maison Paoletti de Petricaggio, devenue Maison du Parc Régional de Corse, elle occupait un logement prêté par l’administration du Parc, étant donné le sujet de son mémoire de Master 2e année, relatif à la châtaigneraie de Corse. De juin 2020 à mi-septembre 2020, Doria Bellache a tenté de rencontrer en Castagniccia les personnes encore actives dans la castanéiculture et tous ceux qui conservent une connaissance mémorielle des pratiques castanéicoles, un savoir dont nous savons à regret qu’il est en train de se perdre et que les études appliquées de notre chercheuse contribueront à une tentative de conservation, et qui sait ? de renaissance.

Doria Bellache, étudiante en anthropologie, juillet 2021

Doria, quelles circonstances vous ont amenée à ce séjour studieux en Orezza, si loin de votre région d’origine ?

C’est la rencontre avec Vincent Battesti, chercheur au Muséum d’Histoire Naturelle de Paris où j’étais étudiante, qui m’a donné cette opportunité. J’avais rédigé un mémoire bibliographique pour ma première année de master, sur une oasis d’Arabie Saoudite , qui portait sur l’oasis d’al-‘Ulā en Arabie Saoudite sur laquelle il travaillait. Cette étape franchie, la 2e année de master exigeait un mémoire plus approfondi avec étude ethnographique sur le terrain. J’avais commencé à affiner mon sujet de recherche qui portait sur « Agriculture et arboriculture en méditerranée ». Mon directeur de master m’a conseillé de me rapprocher de Vincent Battesti qui poursuivait également un travail de recherche sur les châtaigneraies en Corse, dans le même domaine que celui qui m’intéressait, l’arboriculture en méditerranée et ses socio-ecosystèmes. C’est alors qu’il m’a proposé comme sujet de mon mémoire de master 2 « les châtaigneraies de la vallée d’Orezza. »

Depuis combien de temps êtes-vous en Orezza ?

De juin à mi-septembre 2020, j’ai accompli mes recherches sur le terrain, puis je suis rentrée rédiger mon mémoire et assurer sa présentation. En avril 2021, une étude avec l’INRAE au sein de l’unité de recherche de l’université de Corte sur les agrumes de Corse m’a offert l’opportunité de revenir sur l’île. (Après avoir logé près de Corte, elle a demandé à José et Elisabeth Mattei si elle pouvait rester dans leur maison de E Celle plutôt que de rentrer sur le continent, ce qu’ils ont aimablement accepté)

Ce temps solitaire et studieux n’a pas été trop difficile ?

Les rencontres relatives à ma recherche étaient fréquentes, et c’est surtout le soir que devant mon ordinateur je mettais en ordre mes observations. En permanence préoccupée par mon sujet, je n’ai jamais souffert de la solitude, d’autant que partout j’étais très aimablement accueillie.

Pour vous, la Corse, la Castagniccia, était une découverte ?

Complètement. Je viens d’une région de culture céréalière de plaine, la Seine-et-Marne, Je ne connaissais ni la Corse, ni la montagne corse, ni la châtaigneraie, et surtout pas la Castagniccia, une micro-région aux particularités écologiques remarquables. Ce fut pour moi une découverte.

Cette découverte vous a-t-elle enthousiasmée ?

En anthropologie, certains défendent le fait de s’intéresser à un milieu avec lequel on n’est pas familier de façon à conserver un regard neuf, une analyse aiguisée, de la curiosité. Chaque jour m’offrait de nouvelles découvertes, des informations différentes de la veille, une motivation supplémentaire à découvrir davantage.

Votre présence n’est pas banale. Une continentale venue ni pour le tourisme, ni par attachement familial ou sentimental, et pour un assez long séjour. Comment l’avez-vous vécu dans nos villages ?

Je n’y étais qu’à la belle saison, ce qui facilite les choses. Comme peu de personnes y résidaient dans la période où j’y étais, les rencontres fréquentes des mêmes habitants créaient des liens, de vraies relations. Ceux qui étaient à la base des informateurs pour mon travail de recherche devenaient aussi des amis. J’ai été très bien reçue partout.

A la lecture de votre mémoire, très instructif, même pour les connaisseurs, on éprouve une certaine nostalgie devant la déshérence actuelle de la châtaigneraie.

Il s’agissait avec les conseils de Vincent Battesti, de contribuer à une ethnobotanique du châtaignier et à une description de tous les usages et pratiques liés à cette plante. Mais le constat de la déprise agricole, dans les discours des informateurs et sur le terrain même d’observation, s’est naturellement imposé. L’Histoire et le Passé ont une très grande importance dans la culture. Au-delà d’une simple nostalgie, d’autres anthropologues ont noté (Dans le Niolu, notamment) que le passé est dans le présent chez la plupart des Corses.

Toute une civilisation agro-pastorale semble s’éteindre inexorablement

L’adaptation à l’environnement a perduré pendant des siècles en Castagniccia. Il n’émerge pas encore de nouvelles solutions d’occupation de l’espace agro-pastoral qui puissent se développer et s’installer durablement, ce qui engendre une certaine nostalgie pour un mode de vie dont on se remémore les aspects les plus harmonieux. Mais si l’on ne voit pas encore ce qui peut advenir, la richesse environnementale de cette vallée d’Orezza laisse penser que tout est possible.

Vincent Battesti a mis en ligne le mémoire de recherche de Doria Bellache, afin que tous ceux qui veulent le consulter puissent le faire. C’est un mémoire de 134 pages, à vocation scientifique, et qui contient bien des connaissances diffuses dans les mémoires des habitants de la châtaigneraie, ordonnées en une étude systématique et qui a obtenu une très bonne note à l’issue de sa soutenance. Doria Bellache espère maintenant obtenir les crédits nécessaires à une longue étude d’au moins trois années qui débouchera sur une thèse de doctorat dans le même domaine de recherche. C’est évidemment ce que nous lui souhaitons, avec la perspective du plaisir de la revoir parmi nous.

San Pedrone sur fond d’azur

La montagne qui domine Nocario et toute la Castagniccia force chacun à lever les yeux vers le ciel. Qu’on l’admire de sa base ou que l’on grimpe à son sommet, cette pyramide naturelle ne livre jamais son mystère. Elle couvre de ses larges épaules protectrices les villages de l’Orezza et de l’Ampugnani, excite l’imagination qui voit dans les lignes de sa cime de multiples figures animales. Le San Pedrone semble source d’énergie et de force spirituelle pour tous ceux qui le contemplent et vivent à l’abri de sa présence minérale et divine.

Nanou Battesti le photographie, dès que sa lumière se met à vibrer. Les jours d’hiver dans l’île de Corse, quand l’air devient d’une enivrante limpidité, le ciel est d’un bleu profond et mystique. La montagne s’y découpe avec une vertigineuse netteté. Le téléobjectif puissant révèle de multiples détails où l’oeil cherche la vie, le mouvement secret et s’abîme dans la contemplation. (Photos Nanou Battesti)

Et un panoramique en vidéo …

Poudre de neige, début d’hiver

Quelques flocons sont tombés sur le haut du hameau de Nocario, annonçant l’hiver. C’est le temps où l’on se calfeutre et où l’on profite du feu de la cheminée. L’hiver sera-t-il plus ou moins rude cette année ? (Photos Nanou Battesti)

Pas de châtaignes cette année

Paul Battesti, notre maire ne fera pas de farine cette année. Une recherche minutieuse sous les châtaigniers autour de la tombe familiale n’a permis de remplir que le fond d’un sportellu. Est-ce la sècheresse, le changement climatique, la maladie ? Les bogues tombent au sol, désespérément vides. Nanou Battesti en a récupéré quelques-unes pour les déguster grillées, et retrouver le goût des soirées d’automne auprès du feu, mais cela reste symbolique et provoque autant de déception que de plaisir. Les châtaigniers semblent souffreteux, les feuilles rabougries. Il nous reste l’espérance de meilleures futures récoltes.

Le plaisir des châtaignes rôties sera limité cette année (Photo Nanou Battesti)
Et pourtant comme à chaque automne, les rousseurs de la hêtraie célèbrent la lumière intense du mois d’octobre sur les flancs du San Pedrone. (Photo Nanou Battesti)

Le gypaète barbu

Cette magnifique photo de gypaète barbu a été prise par Nanou Battesti dans le massif du Cinto, non dans les environs du village, mais elle est le résultat de l’observation patiente et passionnée, et du talent photographique de notre conseiller municipal.

Le gypaète barbu en plein vol. Photo publiée sur la page Facebook « Oiseaux de Corse »

L’article sur le gypaète barbu dans Wikipedia :

https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Gypaète_barbu

Et sur oiseaux.net

https://www.oiseaux.net/oiseaux/gypaete.barbu.html

Fleurs de prIntemps

En ces temps punitifs de confinement sanitaire, les jours de beau temps dont notre région bénéficie actuellement n’ont pas la même saveur de liberté, quoique la faible densité de population des montagnes nous expose moins à une éventuelle contamination.

C’est une époque où, la floraison printanière éclatant partout dans les jardins, les chemins et les bois, il n’y a pas à aller bien loin pour contempler les fleurs colorées qui ornent la nature renaissante. En voici quelques unes, avec leurs noms savants, vulgaires, botaniques ou locaux, et leur usage, afin que vous puissiez les identifier, et compléter vos connaissances sur ces compagnes éphémères mais fidèles de nos jours.

La bruyère arborescente, erica arborea, famille des ericaceae, très commune, en association avec les arbousiers dans le maquis, fournissait les habitants en branche pour les balais et en bois pour le travail des artisans pipiers. Elle porte en Corse le nom de scopa, qui désigne aussi bien la plante que l’ustensile fabriqué avec ses branches. Ses fleurs au printemps sont très mellifères.
L’asphodèle (nom masculin), asphodelus microcarpus, famille des liliaceae, pousse partout le long des routes et chemins, sur les talus, et dresse haut ses hampes florales blanches et lumineuses comme des candélabres. Le champ des asphodèles est le séjour des âmes ni bonnes ni mauvaises dans la mythologie grecque antique, un des trois lieux des Enfers avec les Champs Elysées et le Tartare. les asphodèles fournissaient une nourriture de substitution à nos ancêtres pendant les temps de disette, des torches précaires que l’on faisait brûler à la Toussaint près des tombeaux, ainsi que des allume-feux. Il porte de nombreux noms, comme arbucciu, talavellu, luminellu, candellu, témoignant de la haute valeur symbolique de cette plante dans la culture corse.
L’ellébore (nom masculin) de Corse, helleborus argutifolius, sous-espèce corsicus, famille des ranunculaceae, épanouit ses fleurs vertes à la fin de l’hiver. Il est si fréquent ici que d’aucuns pensent que c’est son appellation corse, a nucca, qui aurait donné son nom à notre commune, Nocario. C’est une plante toxique dont l’action sur le système nerveux la faisait considérer apte à guérir de la folie. Ainsi le lièvre de la fable dit à la tortue qui veut le défier à la course :      « Ma commère, il vous faut  purger Avec quatre grains d’ellébore. »
La violette, viola corsica, famille des violaceae, réputée timide et discrète, égaye la mousse le long des sentiers, et dispense un parfum aussi délicat que fugace. A viuletta corsa est une espèce endémique qui n’existe nulle part ailleurs. Outre ses vertus médicinales pour les affections broncho-pulmonaires (personne ne l’a encore signalée pour le coronavirus), elle ferait partie des parfums de sainteté qu’exhalaient le corps des saints, même après leur mort.
La pâquerette, bellis perennis, famille des asteraceae, s’épanouit dans les gazons, en rompant la monotonie verte de l’herbe par ses petites fleurs composées aux couleurs du Vatican. Symbole du printemps par excellence, elle éveille en nous la joie du renouveau. En langue corse, on l’appelle pratellina, mais aussi fiore di curona, sans doute parce qu’elle composait la couronne dont les jeunes filles ornaient leur tête au printemps. Il existe une espèce endémique appelée fausse pâquerette, à feuilles en forme de spatules (bellium bellidioides). La pâquerette est comestible, et possède des vertus thérapeutiques. Elle se ferme la nuit. « Ce mécanisme est appelé nyctinastie (mouvement lié à la nuit). Il permet surtout à la pâquerette de protéger ses organes reproducteurs du froid nocturne, des pluies violentes et, au passage, des assauts de gastéropodes. » (https://lespiedsdanslasalade.org/2019/07/01/la-paquerette/)
Le lamier pourpre (Lamium purpureum) ou ortie rouge, de la famille des lamiaceae) est une plante très commune, plutôt considérée comme une mauvaise herbe, c’est pourtant une plante comestible à la saveur agréable qui peut agrémenter soupes et salades.
L’ornithogale de Corse (ornithogalum exscapum sous espéce sandalioticum) de la famille des asparagaceae, est endémique et rare. Il pousse dans les pelouses d’herbe rase. Ce spécimen a été photographié au pied de l’escalier de Patrick Alessandri.
Les petites fleurs du géranium à feuilles rondes (Geranium rotundifolium) de la famille des geraniaceae, sont très discrètes au bord des chemins, mais participent aussi à la beauté de la floraison printanière. À chaque échancrure des feuilles, une petite tache rouge est caractéristique de l’espèce.
Le genêt à balais (cytisus scoparius), famille des fabaceae, orne d’un jaune d’or le bord des chemins de la châtaigneraie, et parfume le maquis et les sous-bois jusqu’au mois de juillet. Son nom corse est « a cora », bien que ce vocable ne soit pas fréquemment employé dans notre hameau. Comme avec la bruyère, on utilisait ses tiges séchées pour faire des balais, d’où son nom. Les abeilles qui butinent cette plante mellifère rentrent à la ruche toutes jaunes de son pollen.
Le bec-de-grue musqué, erodium moschatum, appartient à la famille des geraniaceae, elle fleurit d’avril à septembre. Petite fleur qui égaye la verdure.
Le cyclamen de Corse, Cyclamen repandum, est une plante de sous-bois qui fleurit au printemps (avril – mai). Ses fleurs carminées, très rarement blanches (f. album), à base plus foncée sont odorantes. Elles ont des pétales élancés, dont l’extrémité est élégamment contournée. Les feuilles sont larges et souvent marbrées, avec une bordure fortement dentée ou lobée, et ressemblent quelque peu à celles du lierre.
Le muscari à toupet, muscari comosum, famille des asparagaceae, est très commun dans les friches et rocailles du midi et de la Corse. Très attractif pour les abeilles, son toupet violet est très décoratif. Son nom corse est « u purrione », d’après le site https://www.balogna.sitew.com/
Très fréquent dans les anfractuosités des vieux murs, le nombril de Vénus, Umbilicus rupestris, famille des crassulaceae, est appelé ainsi à cause de sa forme caractéristique. L’adjectif latin « rupestris » de ripa (mur, mot identique en corse) indique bien ses lieux de prédilection. Les feuilles sont comestibles en dehors de la saison estivales, un peu comme le pourpier. Pour nos anciens, cette plante avait des vertus thérapeutiques (une fois la cuticule inférieure enlevée, on l’appliquait sur les plaies et brûlures) et domestiques (pour éviter aux poêles d’attacher). Son nom corse est « a bricciucola ».
Très semblable au pissenlit, l’hyoséride rayonnante, hyoséris radiata, famille des asteraceae, pousse en abondance au printemps dans les chemins, sur les talus, en plein soleil. On l’appelle aussi chicorée rayonnante ou chicorée de porc. Sa couleur jaune rend nos chemins heureux sous le soleil printanier.

« Un frais parfum sortait des touffes d’asphodèle»

Cet alexandrin extrait du fameux poème de Victor Hugo « Booz endormi », dans « La légende des siècles », évoque cette plante si abondante dans les prés et talus de notre village et dont les hampes florales surgissent à l’approche des processions rituelles du Vendredi Saint et de la fête de Pâques, célébrant ainsi la mort et la résurrection par leurs fleurs blanches dressées à plus d’un mètre du sol, accrochant la lumière et le regard des passants.

Sa forte présence sensibilisait bien sûr nos ancêtres. Les Grecs anciens situaient dans le « champs des asphodèles », l’un des trois lieux des Enfers avec les Champs-Elysées et le Tartare, le séjour des âmes qui n’avaient dans leur vie ni fait preuve de vertu, ni commis de méfaits, errant sans but pour l’éternité. Les tiges florales sèches constituaient d’excellentes torches ou allume-feu, et les racines souterraines épaisses pouvaient servir de nourriture.

Si malgré le vers de Victor Hugo, aucun parfum ne s’exhale de ces jolies fleurs blanches, il est difficile de ne pas admirer ces plantes printanières émergeant du gazon, comme sur le plateau de La Chapelle Saint Christophe, au-dessus de Nocario.

Sur le site de « Corse-Matin », un article de Lily Figari du 8 avril 2015, très bien documenté, évoque cette fleur bien connue des habitants de l’île, annonce heureuse du printemps.

Partout, sur les talus, s’élèvent les asphodèles.