2. Evolution démographique

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Les hommes : évolution démographique, l’antique querino di Nocario et de la région d’Orezza du XVIe au XXe siècle.

La terre d’Orezza : une des régions les plus peuplées de l’île à travers l’histoire.

Dans le cadre de cette partie consacrée à l’histoire démographique, il apparait intéressant d’élargir le champ géographique (quérino de nocario) et historique (fin du XVllème siècle.) de notre étude. Ainsi, nous nous attacherons à esquisser l’évolution démographique locale et micro-régionale du XVlème au XXème siècle. L’ouvrage de F. Borlandi : « Per la démografia della Corsica (5) » et les recensements menés entre 1769 et 1996 représentent nos sources principales.

Les « enquêtes » démographiques menées au cours de la période moderne puis contemporaine consistent surtout à dénombrer les feux assujettis aux divers impôts. Ces dénombrements effectués par les autorités politiques (commissaires génois puis français) ou les états des âmes situent la piève d’Orezza (puis canton de Piedicroce) parmi les régions les plus peuplées de l’île, et ce jusqu’au début du XXème siècle, qui marque un contexte éoonomique différent. Le relief accidenté et le chataîgnier ont constitué durant plusieurs siècles des facteurs de peuplement. En effets la région d’Orezza apparaissait comme une zone refuge pour les populations. « L’arbre providence » quant à lui, contribuait à créer des foyers de peuplements parmi les plus importants de l’île, de par les richesses qu’il procurait en abondance et à moindre effort.

L’évolution économique et sociale a peu à peu contribuée « à vider’ la région d’Orezza, victime du phénomène irréversible de dépeuplement. Ce dernier s’est trouvé « accéléré » par l’hécatombe de soldats orrenzicchi « tombés » sur les fronts des deux conflits mondiaux.

On peut s’interroger sur la fiabilité des données les plus anciennes du fait des techniques et des moyens du moment. Toutefois. elles procurent de nombreux renseignements au chercheur.

(5 Consultables au palazzu de Corte.)

1 -Le XVlème siècle :

Peu de sources décrivent les hommes d’Orezza durant le Moyen-Age. Par contre, les chroniqueurs et visiteurs locaux ou génois du ‘seicento » comme les évêques Giustiniani (début du XVlème siècle) et Mascardi (fin du XVlème siècle) offrent des informations intéressantes. Vers 1520, année où sévit la peste dans l’île, la piève compterait environ 5 000 âmes, chiffre apparemment surévalué. Toutefois, la région abrite de nombreuses communautés et des `hommes très industrieux ».

LIEUX HABITES DU QUERINO DI NOCARIO AU XVlème SIECLE

La Campana
La Ponticagia
Lo Fossato
Le Burlianache
Le Celle
Lo Poggiolo
Nocario
Acqua Eredola
Lo Zuccarello
L’Erbagio
Lo Petricagio
Le Verablese (Verdese ?)
 

 

Le nombre d’âmes dans les paroisses d’Orezza visitées par Monseigneur Mascadi en 1589 :

PAROISSES Nombre d’âmes
San Mamiliano de Monacia 600
Santa Margarita de Carcheto 500
Paroisse de Verdese 215
San Simeone de Valle d’Orezza 200
San michele d’Herbaggio 180
Paroisse de Pie d’Orezza 150
6 paroisses mentionnées- 1845 ámes

Les chiffres donnés par Monseigneur Mascardi doivent être utilisés avec prudence dans le cadre d’une étude démographique, car il n’a sans doute pas visité tous les villages de la piève. Les chiffres qu’il avance dans son témoignage résultent vraisemblablement de son observation générale et de la consultation de registres paroissiaux peu fiables à l’époque.

2 – La fin du XVllème siècle :

En 1666, l’évêque Giovan Spinola effectue une visite apostolique dans l’île à l’appel du pape Innocent XI. II voyage notamment dans le diocèse d’Alèria et ses pièves respectives dont celle d’Orezza; Malheureusement, le nombre des âmes au sein de la comonita di Santo Michele di Nocario n’est pas mentionnée. Cependant, il précise que la piève compte 2 000 âmes, chiffre repris par bien des historiens.

3 – Le XVlllème siècle :

Tout au long du « siècle des lumières », la Corse connaît une histoire agitée, mouvementée dont les hommes d’Orezza sont les témoins et les acteurs. Les insulaires se révoltent contre les génois, un « roi-aventurier » (Théodore 1er), conquièrent l’indépendance sous la bannière de Pascal Paoli, passent sous administration française (1768), font leur révolution et « subissent  » le protectorat anglais (royaume anglo-corse)…

Les tableaux ci-dessous dévoilent l’évolution démographique du quérino di Nocario et de la piève d’Orezza de 1729 jusqu’à la cession de l’île par Gênes à la France.Les chiffres sont extraits de l’ouvrage de F. Borlandi paru en 1942 « Per la demografia della Corsa. »

Nombre d’âmes d’après les registres paroissiaux de 1729.

Villages du querino de Nocario Nombre d’âmes d’après les registres paroissiaux de 1729
Verdese et Fossato 228
Erbaggio 163
Campana 163
Nocario 84
Total Querino 638

Nombre de feux et uomini d’armes en 1740 et 1757 :

Village du querino de Nocario Nombre de feux en 1740(1) Nombre de feux en 1757(2) Uomini d’arme en 1757(2)
Verdese 106 106 127
Erbaggio 20 20 24
Campana e fragioni 31 35 42
Nocario ?(3) ?(3) ?(3)
Total Querino 157 161 193

(1) D’après l’archivio di stato di Genova.
(2) D’après les archives du ministère de la guerre à Paris.
(3) ? Chiffres non mentionnés.

Visite apostolique effectuée entre 1760 et novembre 1761.

Paroisse de la Pieve d’Orezza en 1761 Nombre d’âmes en 1761 Nombre feux en 1761 sacerdoti
Nocario 692 159 8

 

4 – Le recensement de 1769-1770 dans le Querino de Nocario et la Pieve d’Orezza

Au lendemain de la cession de l’île par Gênes au profit de la France (traité de Versailles du 15 mai 1768) la nouvelle administration en place souhaite connaître les potentialités et les richesses du territoire insulaire.

Des commissaires s’attellent notamment à dénombrer les nouveaux sujets du roi de France dans chaque piève, dans chaque village ainsi que leurs richesses, afin d’asseoir le plus justement possible l’impôt.

Malgré des imprécisions, le recensement entrepris dès 1769 apporte des renseignements démographiques et économiques importants pour le chercheur.

Ce premier dénombrement complet, détaillé, de la Corse constitue une base de travail intéressante afin de mieux cerner l’histoire insulaire dans la seconde moitié du XVlllème siècle. De gauche â droite, le commissaire mentionne sur plusieurs colonnes :

– le nombre de feux avec le décompte précis par page.

– Le patronyme, prénom, âge du chef de famille.

– prénom. âge de son épouse ou prénom et âge du chef de famille de sexe féminin (le patronyme des femmes n’est pas précisé).

– prénom et âge des enfants ou autres membres de la famille célibataire, féminin.

Après les « dimensions » de la famille, une partie économique énumère sur plusieurs colonnes le bétail de chaque famille, puis viennent des annotations brèves sur les activités économiques de la région.

 

La population et le cheptel de l’antique querino di Nocario. D’après le recensement de 1766 – 1770.

Populations

Villages Feux Demi-Feux Total habitants
Verdese 50 9 260
La Campana 34 7 175
Nocario 26 5 123
Petricaggio 17 2 101
Callerbaggio 17 6 92
Celle 13 2 90
Fossato 5 1 23
Total querino 162 32 864

Cheptel

Villages chevaux mulets ânes boeufs vaches moutons chèvres
Verdese 0 22 3 4 9 117 73
La Campana 2 19 3 14 13 76 117
Nocario 0 9 10 0 6 29 31
Petricaggio 1 14 1 0 1 24 30
Callerbaggio 0 14 1 0 0 0 11
Celle 0 8 4 0 0 0 11
Fossato 0 2 1 0 0 14 1
Total querino 3 88 23 18 29 260 274

 

5 – La fin du XVIIIe siècle et le XIXème siècle :

Les troubles révolutionnaires de 1789 touchent la Corse qui voit sa division administrative évoluer. La piève d’Orezza devient le canton de Piedicroce.

Entre 1830 et 1850 la population insulaire passe de 220 000 à 270 000 habitants. La société traditionnelle a du mal à nourrir les nouvelles bouches. Nombreux sont ceux qui tentent leur chance vers le continent, les colonies, le nouveau monde au cours de la seconde moitié du 19e siècle. ils fuient l’archaïsme, la misère, la crise économique d’une île de plus en plus dépendante du continent.

Le fragile équilibre d’une société traditionnelle est brisé par l’économie de marché et l’absence de révolution industrielle.

 

EVOLUTION DE LA POPULATION DU CANTON DE PiEDiCROCE DE 1789 A 1896.

Communes du Canton de Piedicroce Recensement 1789 Recensement 1881 Recensement 1896
Nocario(+ Celle + Erbaggio + Petricaggio + Ponticoccia) 492 506 535
Verdese 224 293 241
Campana 175 203 168
Total antique Querino 891 1002 244
Total Querino 157 161 193

 

6 – Le XXème siècle ou l’irréversible dépeuplement :

Deux conflits mondiaux touchent directement la jeunesse insulaire, la replongent momentanément en plein XVlllème siècle. L’émigration demeure importante. Après 1945, les villages se dépeuplent, la population vieillit, la main-d’oeuvre diminue, hypothéquant l’avenir.

Dès lors le phénomène de dépeuplement apparaît irréversible. Aujourd’hui, on peut s’interroger sur le futur micro-régional du canton d’Orezza — Alisgiani (depuis 1973) face à l’absence d’une politique de revitalisation économique.

 

Évolution de la population des communes du canton de Piedicroce d’Orezza – Alisgiani (depuis 1973) de 1923 à 1996 :

Communes du canton de Piedicroce Recensement 1923 Recensement 1936 Recensement 1954 Recensement 1996
Nocario (Nocariu) 516 506 220 33
Verdese (A Verdese) 165 117 113 11
Campana (A Campana) 132 160 115 36
Total antique Querino 813 783 448 80

 

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